Accueil     Scénaristes     Scénarios     Magazine     Petites Annonces     Liens
 
     
Accueil > Magazine > Article :

Bande dessinée

 

Dragon Ball
Manga Big Bang

Les mangas grignotent peu à peu le marché de la bande dessinée. Quelles conséquences pour la BD franco-belge et ses scénaristes ?

Le constat s'impose : en librairie, les petits formats japonais gagnent de la place dans les rayons, diminuant d'autant l'espace dévolu aux classiques albums cartonnés franco-belges. Le manga se vend, et ça se voit ! Il représente aujourd'hui plus de 40% des sorties de bandes dessinées en France (rentrée 2006 : 665 mangas, 927 albums "classiques" - Livres Hebdo du 25 août 2006).

Au-delà des chiffres, c'est d'un véritable phénomène générationnel qu'il s'agit, comme en témoigne le succès de la dernière Japan Expo : près de 60.000 visiteurs, des concours de dessin, de déguisement (les fameux Cosplay), de karaoké, le tout dans une ambiance festive et bon enfant. Fabien Vehlmann, croisé dans les allées, avait cette réflexion étonnante : "Quand je vois un tel engouement, je me dis que je n'y arriverai jamais !"... Bon nombre d'auteurs, mais aussi de décideurs des maisons d'édition franco-belges étaient présents, témoignant de leur prise de conscience de la révolution en cours : les lecteurs de demain - et, déjà, les jeunes lecteurs d'aujourd'hui -, "élevés" au manga, auront des références et des attentes différentes de la génération Tintin-Astérix, ou même de celle de L'Echo des Savanes et Fluide Glacial.

Quel impact, donc, pour les scénaristes ? Répondre à cette question nécessite de se pencher sur les particularités scénaristiques des mangas. Même s'il s'agit avant tout d'un format et d'un système éditorial, dans lequel une multitude de thèmes et de genres sont abordés, quelques tendances peuvent être dégagées.

Particularités scénaristiques

Si l'on en croit les analyses du magazine AnimeLand (cf. ses incontournables Hors Série n°5 de 2003 et n°10 de juillet-août 2006), un élément décisif, qui remonte aux années 50 et au père fondateur TEZUKA Osamu, est le choix du noir et blanc. Economique, celui-ci permet en effet de développer des histoires sur un grand nombre de pages. Il réduit le recours à l'ellipse, ce qui a donné naissance au fameux "découpage analytique" : là où la bande dessinée franco-belge détaille peu une action et la décrit d'un point de vue unique, le manga va développer certaines scènes en multipliant les points de vue.

L'absence de contrainte de pagination, couplée au système de prépublication en magazine (les mangashi : ne sortent en albums, ou tankôbon, que les séries les plus populaires), a par ailleurs donné aux scénarios de manga une orientation nettement feuilletonesque. Chaque chapitre d'une série doit ainsi faire apparaître au moins un élément nouveau (mais pas forcément plus, afin d' "économiser" - surtout dans le cas d'une série à succès), et se clore par une résolution ou, mieux encore, un cliffhanger destiné à pousser le lecteur à acheter le magazine suivant. Le rythme de publication hebdomadaire, synonyme de cadences infernales pour les dessinateurs, a également des conséquences sur le dessin, parfois sacrifié au profit de l'intelligibilité du récit : ceci a donné naissance à de nombreuses conventions graphiques exprimant les pensées et sentiments des personnages.

Toujours plus !

Enfin, la possibilité donnée aux lecteurs de mangashi de "noter" les séries, qui peut avoir pour conséquence l'arrêt de certaines, mais aussi la prolongation sans fin d'un hit comme Dragon Ball, entraîne une concurrence exacerbée entre auteurs qui est peut-être en partie à l'origine d'un "toujours plus" scénaristique. La violence des productions japonaises a fait couler beaucoup d'encre : celle-ci, tant physique qu'émotionnelle, est réelle, même s'il faut noter que la finesse psychologique des personnages n'en est généralement pas altérée - bien au contraire. Les mangas savent mettre en avant des héros atypiques, voire sombres (GTO, Banana Fish...), auxquels le lecteur s'identifie grâce à une dramaturgie très maîtrisée. Les thèmes les plus délicats sont également abordés : drogue, pédophilie, transsexualisme... De quoi décoiffer le lectorat traditionnel français !

Pour la BD franco-belge, la première conséquence est la nécessaire évolution des formats d'édition. Des séries comme Le Décalogue de Frank Giroud, ou Le Triangle secret de Didier Convard, faisant intervenir plusieurs dessinateurs afin d'accélérer le rythme de publication, témoignent d'un début d'adaptation : les lecteurs de mangas ne veulent plus attendre un à deux ans entre chaque album ! Casterman ressort en format poche (et à prix réduit) les aventures de Corto Maltese. Les Humanoïdes Associés préparent le lancement de Shogun, magazine et collection de mangas "européens"... Les scénaristes devront s'adapter à cette évolution du secteur, de même qu'ils auront à apprendre, sur le plan scénaristique, de ces mangas qui tiennent chaque semaine en haleine des millions de lecteurs japonais - et toujours plus d'occidentaux.


Arnaud Claes
(Août 2006)
  
1001scenaristes.com - mentions légales - contact

International : 1001scenaristes - 1001screenwriters - 1001guionistas - 1001drehbuchautoren