Accueil     Scénaristes     Scénarios     Magazine     Petites Annonces     Liens
 
     
Accueil > Magazine > Article :

Entretien

 


Guillaume Dorison

Le directeur du magazine de "mangas européens" Shogun (en kiosque le 29 septembre) évoque son travail de direction d'écriture

1001scénaristes : Quest-ce qui vous a amené à lancer Shogun chez les Humanos ?

Guillaume Dorison : Je travaille depuis des années avec des auteurs de BD qui ont toujours eu envie de dessiner en noir et blanc dans un style manga. Après des tentatives infructueuses de percer chez les éditeurs classiques, qui préféraient logiquement traduire des mangas plutôt qu'en créer, j'avais finalement décidé de monter un projet moi-même pour parvenir à notre objectif. J'ai alors créé le projet "Shogun", que j'ai présenté à plusieurs éditeurs. La proposition des Humanoïdes Associés pour le développer était la plus pertinente, dans la mesure où elle intégrait aussi bien les albums que le magazine de prépublication, auquel je tenais beaucoup. De plus, les Humanos n'avaient pas de réelles collections manga, ce qui rendait encore plus logique notre collaboration. Aujourd'hui, je suis donc directeur de la collection Shogun chez les Humanoïdes Associés et tout se passe très bien !

1001scénaristes : Toutes les séries publiées dans le magazine feront-elles lobjet dune sortie en albums ?

Guillaume Dorison : Pour l'instant oui : toutes les séries de la première saison sont prévues en album. Si tout se passe comme prévu, nous pensons cependant passer à long terme à la méthode japonaise, qui consiste à ne publier en relié que les séries à succès du magazine...

1001scénaristes : Le site Shogun City est-il lembryon dune communauté ?

Guillaume Dorison : C'est l'objectif : nous voulons que le site Internet soit avant tout une communauté, pas seulement dédiée au magazine mais aussi à tous ceux qui désirent s'investir dans la création autour du manga.

1001scénaristes : Comment avez-vous trouvé et sélectionné les séries ?

Guillaume Dorison : J'avais plusieurs choix éditoriaux pour la première saison de Shogun. Soit je ne faisais que du Shounen action type DBZ ou Naruto, soit que de la SF, soit du Seinen, etc. Au final, j'ai décidé d'offrir au public l'offre la plus large possible. J'ai donc cherché des scénarios et des styles graphiques très différents, dans le but de faire découvrir à tous les lecteurs des genres auxquels ils ne sont pas forcément habitués. Qualité et diversité étaient donc les premiers critères de sélection, après il y a toujours cette alchimie mystérieuse entre le scénario et dessin qui peu plaire ou non... C'est une question de goût. Quoiqu'il en soit, les Suvres étant toutes très différentes, il est peu probable que personne n'aime au moins une série !

1001scénaristes : Quelle est la part de "direction décriture" dans votre travail ? Comment intervenez-vous sur les projets ?

Guillaume Dorison : Ça dépend. Si je prends l'exemple de "Sanctuaire Reminded" (adaptation en manga de la BD "Sanctuaire" éditée chez les Humanoïdes Associés), écrit par Stéphane Betbeder (aussi auteur de "Bunker" chez Dupuis), je passe très peu de temps dessus vu que l'auteur est très professionnel, expérimenté et évidement très bon. A la limite, quelques conseils sur certains dialogues ou des idées pour rendre l'adaptation plus "manga", mais rien de bien exceptionnel : l'auteur connaît son travail. A l'inverse, certaines séries sont écrites par des scénaristes débutants. Si la qualité de leurs histoires est tout aussi présente, la forme, la structure interne pêchent souvent. Qu'il s'agisse des transitions entre les scènes, des climax de chapitres, des dialogues ou de simples scènes d'action, j'interviens à plusieurs niveaux pour conseiller et suggérer des améliorations. Mon intervention sur les scénarios est ce qui me prend le plus de temps dans la collection. Ceci dit, avec le temps et l'expérience, ces auteurs apprendront vite à se passer de mon aide !

1001scénaristes : Quelles sont pour vous les particularités du manga sur le plan narratif ?

Guillaume Dorison : Il y a d'abord une question de format et de genre. De format dans la mesure ou le manga c'est un peu les séries TV d'HBO alors que la BD franco-belge c'est du cinéma avec un film de deux heures. Autrement dit, le manga permet de s'exprimer avec plus de place... et souvent plus de liberté. Non pas que les auteurs de BD franco-belge soient brimés, mais il faut bien constater que les auteurs de manga touchent à des genres beaucoup plus variés, souvent ancrés dans la culture populaire et la vie de tous les jours. Avez-vous déjà entendu parler d'un GTO en franco-belge ? D'un Captain Tsubasa (football) en franco-belge ? Les exemples sont multiples, mais avant de parler des codes de narration même, il faut admettre que le manga est infiniment plus varié, et c'est une différence de taille. Quand aux codes propres, ça serait une erreur de tenter de les définir avec précision. Ecrire un manga ne se résume pas à l'application de règle. Même si des Shounen Nekketsu comme Saint Seiya, DBZ ou Naruto fonctionnent sur les même schémas narratifs, ils sont à des années lumières d'un Monster, d'un Zipang, qui sont eux-mêmes sans rapport avec un Nana. Autrement dit, les Japonais sont capables de tout faire, d'adapter, d'utiliser tous les codes possibles de la narration, avec plus ou moins de réussite bien sûr...

1001scénaristes : Quels sont vos ouvrages de référence en matière d'écriture scénaristique ?

Guillaume Dorison : Story de Robert Mc Kee, sans aucun doute.

1001scénaristes : Et vos scénarios préférés ?

Guillaume Dorison : Je suis très fan d'un certain cinéma d'action : Les Aventuriers de l'arche perdu ou L'Empire contre attaque sont pour moi le bon exemple d'un scénario au service d'une certain efficacité. J'apprécie aussi beaucoup les Suvres de SF comme Blade Runner ou Alien... Mais en fait il y a souvent surtout une référence par genre que j'utilise beaucoup.

1001scénaristes : Quest-ce qui fait selon vous une bonne histoire ?

Guillaume Dorison : Une bonne histoire se définit selon moi sur deux points essentiels : le premier est qu'elle contient inévitablement un message, peu importe son contenu, une histoire est avant tout là pour "dire quelque chose". Le second point est qu'une histoire doit aussi vous donner de l'émotion : qu'il s'agisse de la peur, du rire ou de l'adrénaline, je n'aime pas les histoires qui brossent dans le sens du poil. Pour nous transporter, il faut être dérangé, ému ou mort de rire. Rares sont les films qui prennent autant de risques aujourd'hui d'ailleurs, c'est pour ça que finalement, les meilleurs scénarios se trouvent à la TV américaine dans des séries comme The Shield, Les Sopranos, Rome ou encore Desperate Housewives... Les scénaristes ont bien compris que le plus important était de faire chavirer notre cSur à chaque épisode.


Arnaud Claes
(Septembre 2006)
  
1001scenaristes.com - mentions légales - contact

International : 1001scenaristes - 1001screenwriters - 1001guionistas - 1001drehbuchautoren