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Point de vue

 


Agités, mais pas secoués

Claire Dixsaut livre ses premières impressions enthousiastes sur le nouveau James Bond... et un véritable manifeste pour un cinéma populaire de qualité !

Quand James Bond commande un martini dry, la version française précise : "agité, mais pas secoué". Une indication qui me plongea longtemps dans des abîmes de perplexité : comment agiter sans secouer ? La lumière est venue de la V.O. : "shaken, not stirred". Préparé au shaker, pas à la cuiller. Le traducteur devait faire partie de la ligue antialcoolique.

De mon côté, j'appartiens à la ligue des fans de James Bond. Le vrai, celui des romans. Un personnage miné par ses doutes, par sa propre cruauté, par sa vie sans âme. C'est vous dire que depuis bien longtemps, je ne voyais plus aucun rapport entre mon héros préféré et ses incarnations sur pellicule. Je m'en fichais presque, qu'ils prennent un blond.

Le scénario de Casino Royale dépasse les espérances les plus folles de la fan désabusée que j'étais. C'est un mix particulièrement habile d'éléments qui d'habitude font mauvais ménage. Une réelle fidélité au roman, avec des dialogues entiers mot pour mot, dont la fameuse recette du Martini dry. La modernisation de l'intrigue criminelle, avec une notable économie de gadgets. Et le développement du personnage selon ses lignes de faille, par des scènes d'une tendresse ou d'un désespoir bouleversants. Ce que ces choix ont en commun ? Ils sont en contradiction totale avec ce qui avait fait le succès de la "franchise" Bond.

Pourquoi ça ne marche pas chez nous ? Pourquoi nos Arsène Lupin, nos Michel Vaillant, nos Brigades du Tigre, pourtant officiellement dépoussiérés, ne parviennent-ils que trop rarement à emporter pareille adhésion ? On peut trouver mille réponses rien qu'à l'échelle du scénario : le manque d'universalité du point de départ, les héros trop mal caractérisés, le dialogue omniprésent, la structure molle du genou, l'absence de second degré.

Je défendrai pour ma part un argument de plus, qui n'exclut aucun des autres : la place de la culture populaire dans l'imaginaire collectif français, et particulièrement chez les producteurs de cinéma. Le divertissement est un genre mineur. On peut donc se permettre un scénario qui ne se prenne pas la tête avec des questions de technique. L'important est de réunir le quota de scènes d'action et de répliques pour la bande-annonce. Les spectateurs, nous dit-on, ne payent pas leur place pour voir un bon anticlimax.

Le déclin et la renaissance de James Bond prouvent exactement le contraire. Moins de baston et de feux d'artifices, une structure en polymère à mémoire de forme et un somptueux anticlimax sous la douche ont reconquis le public.

Le succès des blockbusters américains laisse les producteurs français agités - la prédominance anglo-saxonne sur les écrans français fait toujours quelques bulles - mais pas secoués. Pas assez pour remettre en question leur niveau médiocre d'exigence et d'investissement, personnel et financier, sur le fond de l'affaire : le scénario des films populaires.

Nous voulons des blockbusters français. Il faut pour cela des producteurs de films d'aventure et de comédie qui prennent au sérieux le genre, le héros et le spectateur.

Et l'écriture, aussi.


Claire Dixsaut
(Novembre 2006)
  
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