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Bande dessinée

 


Vehlmann : devenir scénariste de BD

A l'espace "Jeunes Talents" du 33ème festival d'Angoulême, Fabien Vehlmann, étoile montante du scénario de bande dessinée, a retracé son parcours et donné quelques conseils aux scénaristes débutants

Passionné de bande dessinée durant sa jeunesse, il considère d'abord comme irréaliste de se lancer professionnellement dans ce secteur et, après une prépa HEC, intègre une école de commerce pendant trois ans à Nantes. Ce n'est qu'à l'issue de ses études qu'il prend conscience que ce choix ne lui convient pas. Objecteur de conscience, il s'occupe de l'administration d'une association de théâtre et constate que travailler dans le secteur culturel sans avoir de fonction créative ne lui convient pas non plus. C'est à cette époque (1996, Fabien Vehlmann a 23 ans) qu'il envoie ses premières histoires courtes à des éditeurs, et en particulier au magazine Spirou, qui a bercé son enfance.

Les premiers retours sont systématiquement négatifs : refus polis, lettres types. Après plusieurs contacts, il obtient toutefois un rendez-vous avec le rédacteur en chef de Spirou. Si celui-ci démonte sévèrement son travail, l'un de ses reproches s'avère éclairant : celui de "faire du Spirou pour [lui] faire plaisir" ; il lui demande des choses plus personnelles. Doutes, errements : Vehlmann insiste aujourd'hui sur un point, c'est qu'un refus concerne toujours un projet, à un moment et pour des raisons données, et ne signifie pas un rejet de l'auteur lui-même. Premier conseil donc : ne pas prendre les refus comme une affaire personnelle, et persévérer.

Spirou finit par accepter certaines histoires courtes. Fabien Vehlmann intègre même la rédaction : il y fait un peu de tout, sommaires, jeux, pour arrondir ses fins de mois. Si ses histoires sont de moins en moins souvent refusées, elles sont assez chichement payées : 300 F (environ 45 €) par page publiée, les textes refusés ne faisant l'objet d'aucune rémunération. L'auteur vit, à cette époque, chez ses parents. D'où le deuxième conseil : ne pas s'imaginer que cela va marcher du jour au lendemain, et qu'on peut rapidement gagner sa vie comme scénariste de bande dessinée... !

Trois années passées chez Spirou (de 1997 à 1999) permettent à Fabien Vehlmann de publier de nombreux récits courts, dont il ne choisit toutefois que très rarement les dessinateurs. Avantage : ceux-ci sont parfois de véritables pointures. C'est le cas de Denis Bodart, qui dessine Green Manor, une histoire courte qui, sans que cela ait été prévu à l'origine, se transforme en série, et finit par sortir en album. La notoriété du dessinateur dans le monde de la BD attire l'attention sur cet album, et donc, par ricochet, sur le travail du scénariste. Fabien Vehlmann peut alors engager d'autres collaborations, dans des genres très différents (Des lendemains sans nuage avec Gazzotti, Samedi et Dimanche avec Gwen, Ian avec Meyer, Le Marquis d'Anaon avec Bonhomme, La nuit de l'Inca avec Duchazeau, Wondertown avec Feroumont, et le récent Seuls avec Gazzotti). Suprême consécration, il est choisi par Dupuis pour écrire un one-shot de Spirou et Fantasio, en parallèle à la série classique (aux commandes de laquelle sont désormais installés Morvan et Munuera) : ce sont Les géants pétrifiés, avec Yoann au dessin, sortis début 2006.

A l'impétrant scénariste, Fabien Vehlmann conseille de faire lire le plus possible ses projets autour de soi, puis de prendre du recul, et de faire le tri des critiques en s'attachant aux remarques les plus fréquentes. Par la suite, mieux vaut faire lire ses travaux sur les stands d'éditeurs au cours de festivals, afin d'être certain d'avoir un retour commenté.

Il recommande de présenter, autant que possible, des projets élaborés en commun avec un dessinateur, afin de donner une idée de l'aspect visuel du projet. Lui accompagnait ses premiers envois (des histoires courtes, il est vrai) de croquis. Dans le cas où l'on se trouve contraint d'envoyer un projet purement scénaristique aux maisons d'édition, il conseille d'adopter une démarche "marketing" : les éditeurs reçoivent en effet beaucoup de projets, qu'ils sont obligés de survoler ; un scénario complet étant assez indigeste, mieux vaut donc adresser un concept en une ligne le plus accrocheur possible (le fameux "pitch"), accompagné d'un synopsis d'une à deux pages, et d'une partie seulement de la continuité dialoguée.

A noter également que les éditeurs ont tendance à privilégier les séries par rapport aux one-shots : un album ayant une durée d'exposition de plus en plus courte en librairie, ces derniers sont en effet commercialement plus risqués (même si des succès comme Où le regard ne porte pas ont récemment modifié la donne).

La méthode de travail de Fabien Vehlmann, pour élaborer un scénario, est la suivante :
- partir d'une idée forte (ou d'un personnage fort), suffisamment en tout cas pour ne pas se poser de question sur le potentiel du projet ;
- noter en vrac toutes les possibilités de développement du récit, sans censure d'aucune sorte ;
- n'en garder ensuite que le plus original, le plus fort ou le plus conforme au caractère des personnages, en évitant absolument le déjà vu ;
- élaborer un synopsis de deux pages validé par le dessinateur (parfois après deux ou trois moutures) ;
- rédiger la continuité dialoguée (un à deux mois de travail à temps plein).

L'écriture d'un scénario lui prenant en moyenne deux mois, et le dessinateur travaillant, de son côté, environ un an sur la réalisation d'un album (parfois plusieurs années s'il s'est engagé pour une série), Fabien Vehlmann a adopté un modèle de rémunération qui favorise, dans un premier temps, le dessinateur ; à partir d'un certain nombre d'exemplaires vendus, scénariste et dessinateur se partagent les droits d'auteur à égalité.

Il estime qu'il publie actuellement quatre albums par an en moyenne, et gagne environ 1 800 € par mois, en comptant les revenus que lui procurent quelques travaux extérieurs, pour la télévision notamment.

Arnaud Claes
(Janvier 2006)
  
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